Sur ma table de travail – juillet 2018

Coucou! Comment survivez-vous à la canicule?

Pour la saison 2 de Nocturne, j’avais environ 15K mots d’écrits qui dataient du dernier NaNoWriMo. J’ai eu pas mal de faux départs, j’ai réécrit la plupart de ces 15 000 mots; il fallait que je réussisse à cerner mes protagonistes, ce qui ne fut pas chose aisée. En général, je travaille pas mal à l’instinct : je « ressens » mes personnages, et je les laisse s’exprimer à travers moi. Sauf que, parfois, surtout au début d’un manuscrit, quand je ne suis pas encore bien familiarisée avec eux, il arrive que mes réflexes et habitudes personnels viennent parasiter leur personnalité authentique. C’est d’autant plus vrai pour un tome 2, où j’expérimente souvent davantage — alors que les héros d’un tome 1 sont en général plus proches de moi ou de ce que j’écris « naturellement ».

Je ne vais pas garder la surprise plus longtemps : cette saison 2 est centrée sur Hiéronymus et Genny… L’aviez-vous vu venir? Ils ne se rencontrent pas dans la saison 1, mais je voulais vraiment leur donner une histoire à tous les deux, et quand je les ai visualisés ensemble… Ouais, ça l’a fait. Il faut bien quelqu’un comme elle pour supporter son bullshit (à lui), et il ne faut pas moins que quelqu’un comme lui pour que ça vaille le coup pour elle. Seulement, ils sont tous les deux très différents de moi et de ce que j’ai l’habitude d’écrire.

J’aime bien les femmes un peu masculines et qui ne laissent pas faire, ouvertement féministes ou qui tiennent des rôles d’hommes (on me l’a déjà reproché; certaines personnes ne trouvent pas cela romantique). Léara l’était, mais plus dans mon genre, c’est-à-dire rebelle, et qui se sert de sa féminité quand elle le peut. C’est d’ailleurs là que se situe l’ambiguïté de son boulot, que mon bêta-lecteur masculin (merci Rémi <3) a peut-être eu du mal à saisir : entre privilège et soumission, ou le fait qu’on peut paradoxalement tirer profit de sa propre objectification et que, pour cette raison, seul le sujet peut fixer la limite de ce qu’il — en fait elle — considère comme problématique (c’est l’objet de la première conversation entre Léara et Zina, où l’une exprime un malaise et l’autre non, alors qu’elles subissent la même chose, et aucune des deux n’a « tort » ou « raison »).

Genny, elle, est policière… Elle détient et représente l’autorité, et elle a davantage intérêt à faire oublier sa féminité qu’à en jouer. Pour moi qui ai plutôt fréquenté des milieux où la police incarnait l’ennemi, c’est tout un défi d’imaginer l’état d’esprit de quelqu’un qui a fait le choix d’entrer dans les forces de l’ordre et, plus encore, qui manie le pouvoir de l’uniforme et du badge depuis plus de dix ans… Parce qu’être attiré-e par une carrière dans la police, à la rigueur, je le conçois bien. Il y a tout de même une aura, une mission, une promesse qui est propre à ces professions. Mais vivre la police, être la police — voilà qui doit développer une certaine vision de soi-même et du monde.

Sans parler de la hiérarchie héritée de l’armée, qu’il faut savoir accepter… Je suis donc arrivée à la conclusion que Genny devait être à la fois très sûre d’elle et respectueuse; en d’autres termes, à peu près l’opposé de ce que je suis.

Quant à Hiéronymus… lui aussi, c’est tout un programme! Je me suis rendu compte que, si on me laissait faire, j’avais tendance à écrire des héros « bêta », gentils et peut-être « mous du genou », selon l’expression consacrée parmi les lectrices de romance (mais il y en a qui aiment ça, hein!). Micka est un peu à la limite; ça m’a amusée justement de jouer sur les deux tableaux, de lui donner des contradictions. Malgré tout, j’ai dû réécrire une scène où, à la réflexion, il me paraissait « trop gentil » — et non l’inverse.

Avec Hiéronymus, dès le début, j’étais partie sur l’idée qu’il allait poursuivre l’héroïne — et donc, techniquement, la harceler. J’ai commencé à essayer d’écrire ce truc en novembre dernier; je ne sais pas si vous vous rappelez, mais on était en plein dans le mouvement #MeToo. Toute la sphère féministe autour de moi était en mode « les hommes, ces gros porcs, ces harceleurs », et moi, en mode personnalités multiples, je bataillais pour écrire un héros romantique harceleur… Comment tu jongles avec ça? Le fait est que je n’ai pas pu et que j’ai dû m’arrêter, parce que l’ambiance politique entravait mon processus artistique.

Je ne m’en plains pas; je pense que c’est normal et inévitable, et comme Philip K. Dick le révèle dans la note qui suit A Scanner Darkly, cela fait partie de la sincérité de l’œuvre que d’entrer en résonance parfois prévue, parfois inattendue avec les évènements qui surgissent durant l’écriture. On n’écrit jamais dans une tour d’ivoire.

Quand je m’y suis remise, mon premier réflexe a été de rendre Hiéronymus très gentil, très respectable, peut-être pour compenser ou pour l’excuser (et aussi pour aucune bonne raison, par simple automatisme). Mais cela n’avait pas de sens. Je pense qu’il a une manière de façade qui peut être attachante, mais au fond, c’est un ambitieux qui aime le pouvoir. Et là encore, comme avec l’histoire de la police, il y a une différence entre fantasmer sur le pouvoir (je confesse que, quand j’étais petite, j’ai brièvement voulu être présidente de la République française) et poser les actions concrètes qui permettent d’y parvenir. Hiéronymus est dans le second cas de figure, et c’est à moi de l’assumer jusqu’au bout. Peut-être en somme n’est-il pas un harceleur en dépit de ses qualités, mais à cause de ses défauts.

Et après avoir compris cela, il fallait encore que je découvre comment une policière féministe et un type comme ça allaient pouvoir s’entendre puis tomber amoureux. À vrai dire, je tâtonne encore… Je sais qu’il y a quelque chose entre eux, mais réussir à l’expliquer, à le communiquer, à ne pas le trahir lors de la rédaction (il est si facile de se laisser emporter par les mots!), c’est une tout autre affaire. Autant dire qu’avec ce roman, je ne suis pas sortie de l’auberge! Je l’ai déjà coupé, réécrit, charcuté, rapiécé de toutes parts, et c’est loin d’être fini. À ce jour, j’ai environ 30K mots utilisables et quelques scènes au brouillon pour la suite.


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