Sur ma table de travail – septembre 2018

Comment allez-vous en ce début d’automne?

Moi, très bien, merci! Le mois dernier, je vous parlais d’essayer de me lever plus tôt, afin de gagner une heure d’écriture par jour — à la fois une façon de m’obliger à écrire et d’avancer un peu plus vite, ce qui ne serait pas de refus, étant donné que je n’ai rien produit depuis le début de l’année. Hélas, sort fréquent de mes belles résolutions, celle-ci s’est d’abord soldée par un échec. En somme, la discipline n’est pas une affaire de brute, mais au contraire d’une grande subtilité.

Si je veux pouvoir me lever plus tôt, ça signifie que je dois aussi me coucher plus tôt et, surtout, surtout, ne jamais écrire le soir ni aller sur les réseaux sociaux. Tout ce qui est susceptible de me faire partir dans une réflexion quelconque me cause inévitablement de l’insomnie, et j’ai beau me forcer le lendemain à sortir du lit à 6 h 30, je suis bien incapable alors de fournir le moindre effort intellectuel. En d’autres termes, je me suis vite épuisée sans produire davantage et, au bout de quelques jours à peine, j’ai dû abandonner ce nouvel emploi du temps.

Heureusement, le 13 septembre, un vrai changement m’attendait : je suis partie en Europe pour une semaine. À cette occasion, j’ai d’ailleurs cédé aux sirènes d’Instagram et m’y suis créé un compte (https://www.instagram.com/jo4sia_m) — que je vois principalement comme un moyen pratique de retoucher et de publier des photos sur ma page Facebook (https://www.facebook.com/sjromance). Cette pause sans enfant ni conjoint fut salutaire. Pendant huit jours, je n’ai rien écrit du tout, mais peut-être avais-je aussi besoin de cette coupure-là. Sortir de cette dynamique infructueuse où j’oscillais sans cesse entre la nécessité auto-imposée d’écrire et l’incapacité de le faire.

J’ai également été surprise de la rapidité avec laquelle je me suis remise du décalage horaire. De retour au Québec, j’ai ainsi tiré parti des heures « gagnées » pour retenter le coup du réveil à 6 h 30. Ça ne fait qu’une semaine, mais, pour l’instant, ça marche! Dans le débat des écrivain-e-s au sujet de l’inspiration (ne peut-on écrire que quand on est inspiré-e? ou l’inspiration vient-elle au contraire en écrivant?), je suis de plus en plus tentée de dire : l’inspiration vient en dormant correctement.

Je suis décidément incapable de sacrifier du sommeil à l’écriture (comme j’entends certain-e-s écrivain-e-s s’en vanter). Dans mon cas, me lever plus tôt est aussi, et peut-être avant tout une tentative d’enrayer le cercle vicieux de mon insomnie. J’ai besoin d’arriver à la fin de ma journée non seulement bien fatiguée, mais l’esprit tranquille, sachant que j’ai bien travaillé, assez travaillé. Ce n’est pas évident, parce qu’un roman reste une entreprise dans laquelle on plonge l’esprit entier, et à laquelle il est difficile de cesser de penser, même pour dormir, mais je suis déterminée à faire tout mon possible pour continuer sur ma lancée.

À ce jour, et parce que la semaine a quand même commencé très, très lentement (ça m’a pris trois jours pour me mettre réellement au travail; avant ça, je glandais en y rêvant très fort… mais c’est toujours comme ça avec moi, et ça ne m’empêche pas d’arriver à la fin), je suis encore dans les révisions de mes premiers épisodes. La différence avec les précédentes réécritures, c’est que j’ai enfin l’impression de voir ce qui n’allait pas et de réussir à l’améliorer. Je « sens » à nouveau mon écriture, je sens mon histoire, je sens mes personnages.

Bref, je m’amuse, et si rien ne vient arrêter mon élan, je ne vois pas pourquoi je ne bouclerais pas ce roman à la fin d’octobre, ou début novembre au plus tard. Je pourrais vous parler longtemps de ce qui s’est débloqué dans mon esprit et qui m’a permis d’aller chercher la « radicalité » de ce roman, comme dirait François Bon, mais sans doute devrais-je d’abord me concentrer à le finir!


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Sur ma table de travail – août 2018

Cet été est passé à toute vitesse, ou c’est juste moi? Quand je dis ça, c’est que j’ai l’impression de n’avoir pas fait grand-chose…

Vers la fin du mois précédent, j’ai voulu ajouter un nouvel axe à ma saison 2 de Nocturne (je devrais peut-être lui donner un sous-titre?), qui nécessitait des recherches supplémentaires et une révision des épisodes déjà rédigés. Cela m’a coupée dans mon élan d’écriture, mais soit! Seulement, une chose en entraînant une autre, sortir ma tête de l’écriture ayant tendance à me ramener sur les réseaux sociaux, j’ai vite été happée par des polémiques qui ont relancé ma réflexion sur des sujets qui me sont chers, à savoir le féminisme et l’organisation du social.

Ça ne me dérange pas en soi, au contraire… Déjà, comme je l’ai dit, ça m’intéresse, et je pense qu’il est nécessaire de confronter et de réactualiser régulièrement sa pensée, autant pour vérifier qu’on ne s’accroche pas à des « convictions » erronées par pure habitude, et pour ne pas dégénérer du cerveau. C’est ce qui m’a toujours le plus déprimée dans le travail, qu’il soit salarié, fait de missions ponctuelles ou en indépendante (j’ai vécu les trois) : l’impression de ne plus avoir le temps, l’énergie intellectuelle et la stimulation extérieure pour maintenir une pensée digne de ce nom.

Aujourd’hui, ce qui me réjouit, c’est d’avoir une activité principale à but lucratif qui me permet de conserver une vie intellectuelle. Parce que l’université, mine de rien, ça coûte bonbon… (Chiche que si je réussis à gagner ma vie par l’écriture, je retourne terminer ma maîtrise? J’ai l’impression d’avoir une vision beaucoup plus claire de mon sujet qu’il y a cinq ans, quand j’ai lâché l’affaire.) Pour moi, le seul fait d’avoir encore envie de lire des bouquins de philosophie politique alors que je n’en ai pas l’obligation, c’est le pied suprême. Ça veut dire que ça va bien. Super bien, même.

En parlant de bouquins, je me suis aussi remise à lire. Je lis très peu quand je suis en cours d’écriture et, pourtant, on a besoin de lire pour nourrir sa propre créativité… Oui, on dirait une sorte de slogan creux d’automotivation, mais c’est très concret pour moi, parce que tout ce que je lis vient alimenter ma réflexion sur le monde, et c’est celle-ci que j’essaie de retranscrire dans mes écrits. Le féminisme et l’organisation du social, ce sont précisément les thèmes que j’essaie d’explorer avec mon roman; il faut donc que ce soit un minimum clair et fixé dans ma tête pour que je réussisse à dire quelque chose de pas trop con là-dessus.

Enfin, j’ai écrit pas mal — mais pas de la fiction, pas mon roman. C’est quand j’ai eu envie de m’y remettre que ça a coincé. Je trouve tout difficile avec cette histoire… La malédiction du second roman, sûrement. La première saison, je l’ai écrite l’année dernière sans en parler à personne, sans me mettre de pression, en me faisant plaisir. C’est sans doute pour ça que je stresse aujourd’hui à l’idée qu’on me lise; parce que c’est en partie du gros divertissement qui n’a pas été mûrement pesé… Mais, en même temps, c’est peut-être pour ça que ça marche?

Après deux semaines à ne rien accomplir, j’ai la tentation paradoxale de revenir à une sorte d’image traditionnelle de l’auteure, et de l’auteure de romance en particulier : quelqu’un qui ne se mêle pas trop de politique, qui vit retirée dans ses univers imaginaires, et dont les activités principales consistent à écrire et échanger avec ses lectrices… Ce n’est pas la seule raison, mais c’est sans doute en partie ce qui m’a poussée à me créer une page Facebook professionnelle cette semaine.

En réalité, je ne crois pas pouvoir m’épanouir dans ces seules limites; je suis juste accro au changement, et là, maintenant, j’ai besoin d’un électrochoc, d’un truc qui me fasse sortir de mon état d’esprit actuel (tant pis, on abolira le capitalisme un autre jour…). J’ai même poussé le vice jusqu’à m’imaginer dans un rôle de workaholic : à partir d’aujourd’hui, j’ai résolu de me lever à 6 h 30 les matins de semaine pour travailler une heure de plus avant que mon fils se réveille.

Je n’ai jamais fait ça de ma vie, si on excepte le jour d’un examen que je n’avais pas révisé, quand j’avais cru mettre mon réveil à 4 heures et qu’il n’a pas sonné… J’ai donc passé mon examen sans avoir du tout revu la matière : ça, c’est moi tout craché (pourquoi faire plus, quand on peut faire moins?). Sérieusement, cela dit, ce n’est pas pour rien que les auteur-e-s qui en ont la possibilité quittent la civilisation pour pouvoir écrire : il faut à un moment faire taire tout ce bruit, et réussir à se retrouver en tête à tête avec soi-même pour écrire quelque chose d’honnête. Le monde va continuer de tourner sans moi, et c’est très bien comme ça…


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Happy Ray’s Day! Aujourd’hui, on célèbre la lecture

Le Ray’s Day (lien vers le site officiel) est une initiative lancée il y a 4 ans autour de l’anniversaire de Ray Bradbury, auteur célèbre de Fahrenheit 451, notamment, une dystopie où nous aurions cessé de lire. Le 22 août se veut donc une célébration de la lecture, des auteurs et des livres, loin de l’aspect industriel et commercial que prend de plus en plus la culture et, surtout, décentralisée : c’est-à-dire que tout un-e chacun-e est libre de se réapproprier la date et l’évènement pour proposer ce qui lui plaît, ce qui lui parle, ce qu’iel est en mesure de donner.

Typiquement, les auteur-e-s en profitent pour offrir des textes gratuitement. Or, pour ma part, cela fait quelques années que je m’interroge sur cette manie de lier systématiquement la gratuité d’un texte à son accessibilité, et plus largement à la liberté, voire à l’envie de lire. Je ne veux pas dire que ce lien est inexistant, mais il me semble au minimum réducteur. N’attendons-nous donc vraiment rien d’autre que la gratuité pour nous mettre à lire?

Si c’est le cas, je veux bien participer à la fête… Vous trouverez gratuitement le premier épisode de Nocturne dans toutes les librairies en ligne, si vous voulez tester. Et si vous cherchez l’intégrale, elle est disponible sur ce site même en téléchargement libre, en 3 formats et sans DRM. Mais pas besoin pour cela du Ray’s Day; c’est déjà le cas tout au long de l’année. Quant à vous offrir un nouveau texte, inédit… pourquoi seriez-vous si gourmand-e? Encore faudrait-il que vous ayez lu et apprécié celui qui est déjà disponible, non? (Je sais, vous êtes une bonne petite poignée à l’avoir fait, et je vous remercie du fond du cœur. Oui, je vais me remettre au travail aussitôt ce billet rédigé…)

Cependant, en réfléchissant au sens que j’accordais à la lecture, et aux obstacles que je rencontre moi-même dans mon désir de lire plus… Non, le manque de livres gratuits ou « accessibles » n’y figurait décidément pas. Voici plutôt ce que j’ai trouvé :

  1. Je ne me donne pas toujours la permission de lire.
  2. Parce que lire un vrai, un bon livre n’est pas une activité qu’on fait du bout des yeux, en multitâche. C’est prenant, c’est absorbant, parfois au point qu’on en oublie le monde autour de nous, nos obligations, l’heure qui tourne… Alors, aujourd’hui, j’aimerais que l’on se donne cette permission de lire. N’ayons pas peur d’oublier le monde, juste un peu; est-ce que lui ne nous oublie jamais?

  3. Je ne me donne pas la permission de mal lire.
  4. Il y a un certain nombre de lectures qui me font envie, des lectures exigeantes dont j’imagine que je dois les lire en ayant la tête claire, reposée, et un cahier à côté pour prendre des notes. Parce que sinon, je perdrais mon temps, et je risque de devoir relire. Dans un monde où on court après le temps, je ne veux pas minimiser la pertinence de cette préoccupation… ni le désir fondé de bien lire, de ne pas seulement « consommer du texte ». Mais… est-ce qu’on peut, juste aujourd’hui, se donner la permission de lire n’importe quoi, n’importe comment? Qui sait, on pourrait être surpris-e du résultat?

  5. Je veux être sûre d’aimer ce que je vais lire.
  6. Forcément, ça limite… D’autant qu’on n’a pas toujours envie de tout, et c’est bien légitime. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi, derrière ça, un refus de perdre son temps, un refus aussi de se confronter à des sentiments inhabituels, déplaisants? Or, la lecture n’a-t-elle pour mission que d’être un doudou consolateur? Aujourd’hui, je vous propose de lire pour lire, sans instrumentaliser le livre : vivre pleinement l’expérience de la lecture, sans en attendre de récompense immédiate ou visible.

  7. L’inertie.
  8. Pas toujours facile de s’arracher au mouvement dans lequel on se trouve pour s’en imprimer un nouveau, de trouver la force de changer d’activité, de se mettre à… Mais aujourd’hui, de tous les jours de l’année, rappelons-nous que cet effort en vaut la peine.

Pour fêter ce premier Ray’s Day en tant qu’auteure, je vous souhaite donc tout simplement de lire, en toute liberté, sans pression, culpabilité ni arrière-pensée… de redécouvrir ce plaisir qu’on avait, enfant ou plus grand-e, quand on ne savait pas encore ce que l’on aimait, quand on trouvait de la joie dans le seul fait d’ouvrir un livre, même sans rien connaître à l’avance de son contenu.

Sur ma table de travail – juillet 2018

Coucou! Comment survivez-vous à la canicule?

Pour la saison 2 de Nocturne, j’avais environ 15K mots d’écrits qui dataient du dernier NaNoWriMo. J’ai eu pas mal de faux départs, j’ai réécrit la plupart de ces 15 000 mots; il fallait que je réussisse à cerner mes protagonistes, ce qui ne fut pas chose aisée. En général, je travaille pas mal à l’instinct : je « ressens » mes personnages, et je les laisse s’exprimer à travers moi. Sauf que, parfois, surtout au début d’un manuscrit, quand je ne suis pas encore bien familiarisée avec eux, il arrive que mes réflexes et habitudes personnels viennent parasiter leur personnalité authentique. C’est d’autant plus vrai pour un tome 2, où j’expérimente souvent davantage — alors que les héros d’un tome 1 sont en général plus proches de moi ou de ce que j’écris « naturellement ».

Je ne vais pas garder la surprise plus longtemps : cette saison 2 est centrée sur Hiéronymus et Genny… L’aviez-vous vu venir? Ils ne se rencontrent pas dans la saison 1, mais je voulais vraiment leur donner une histoire à tous les deux, et quand je les ai visualisés ensemble… Ouais, ça l’a fait. Il faut bien quelqu’un comme elle pour supporter son bullshit (à lui), et il ne faut pas moins que quelqu’un comme lui pour que ça vaille le coup pour elle. Seulement, ils sont tous les deux très différents de moi et de ce que j’ai l’habitude d’écrire.

J’aime bien les femmes un peu masculines et qui ne laissent pas faire, ouvertement féministes ou qui tiennent des rôles d’hommes (on me l’a déjà reproché; certaines personnes ne trouvent pas cela romantique). Léara l’était, mais plus dans mon genre, c’est-à-dire rebelle, et qui se sert de sa féminité quand elle le peut. C’est d’ailleurs là que se situe l’ambiguïté de son boulot, que mon bêta-lecteur masculin (merci Rémi <3) a peut-être eu du mal à saisir : entre privilège et soumission, ou le fait qu’on peut paradoxalement tirer profit de sa propre objectification et que, pour cette raison, seul le sujet peut fixer la limite de ce qu’il — en fait elle — considère comme problématique (c’est l’objet de la première conversation entre Léara et Zina, où l’une exprime un malaise et l’autre non, alors qu’elles subissent la même chose, et aucune des deux n’a « tort » ou « raison »).

Genny, elle, est policière… Elle détient et représente l’autorité, et elle a davantage intérêt à faire oublier sa féminité qu’à en jouer. Pour moi qui ai plutôt fréquenté des milieux où la police incarnait l’ennemi, c’est tout un défi d’imaginer l’état d’esprit de quelqu’un qui a fait le choix d’entrer dans les forces de l’ordre et, plus encore, qui manie le pouvoir de l’uniforme et du badge depuis plus de dix ans… Parce qu’être attiré-e par une carrière dans la police, à la rigueur, je le conçois bien. Il y a tout de même une aura, une mission, une promesse qui est propre à ces professions. Mais vivre la police, être la police — voilà qui doit développer une certaine vision de soi-même et du monde.

Sans parler de la hiérarchie héritée de l’armée, qu’il faut savoir accepter… Je suis donc arrivée à la conclusion que Genny devait être à la fois très sûre d’elle et respectueuse; en d’autres termes, à peu près l’opposé de ce que je suis.

Quant à Hiéronymus… lui aussi, c’est tout un programme! Je me suis rendu compte que, si on me laissait faire, j’avais tendance à écrire des héros « bêta », gentils et peut-être « mous du genou », selon l’expression consacrée parmi les lectrices de romance (mais il y en a qui aiment ça, hein!). Micka est un peu à la limite; ça m’a amusée justement de jouer sur les deux tableaux, de lui donner des contradictions. Malgré tout, j’ai dû réécrire une scène où, à la réflexion, il me paraissait « trop gentil » — et non l’inverse.

Avec Hiéronymus, dès le début, j’étais partie sur l’idée qu’il allait poursuivre l’héroïne — et donc, techniquement, la harceler. J’ai commencé à essayer d’écrire ce truc en novembre dernier; je ne sais pas si vous vous rappelez, mais on était en plein dans le mouvement #MeToo. Toute la sphère féministe autour de moi était en mode « les hommes, ces gros porcs, ces harceleurs », et moi, en mode personnalités multiples, je bataillais pour écrire un héros romantique harceleur… Comment tu jongles avec ça? Le fait est que je n’ai pas pu et que j’ai dû m’arrêter, parce que l’ambiance politique entravait mon processus artistique.

Je ne m’en plains pas; je pense que c’est normal et inévitable, et comme Philip K. Dick le révèle dans la note qui suit A Scanner Darkly, cela fait partie de la sincérité de l’œuvre que d’entrer en résonance parfois prévue, parfois inattendue avec les évènements qui surgissent durant l’écriture. On n’écrit jamais dans une tour d’ivoire.

Quand je m’y suis remise, mon premier réflexe a été de rendre Hiéronymus très gentil, très respectable, peut-être pour compenser ou pour l’excuser (et aussi pour aucune bonne raison, par simple automatisme). Mais cela n’avait pas de sens. Je pense qu’il a une manière de façade qui peut être attachante, mais au fond, c’est un ambitieux qui aime le pouvoir. Et là encore, comme avec l’histoire de la police, il y a une différence entre fantasmer sur le pouvoir (je confesse que, quand j’étais petite, j’ai brièvement voulu être présidente de la République française) et poser les actions concrètes qui permettent d’y parvenir. Hiéronymus est dans le second cas de figure, et c’est à moi de l’assumer jusqu’au bout. Peut-être en somme n’est-il pas un harceleur en dépit de ses qualités, mais à cause de ses défauts.

Et après avoir compris cela, il fallait encore que je découvre comment une policière féministe et un type comme ça allaient pouvoir s’entendre puis tomber amoureux. À vrai dire, je tâtonne encore… Je sais qu’il y a quelque chose entre eux, mais réussir à l’expliquer, à le communiquer, à ne pas le trahir lors de la rédaction (il est si facile de se laisser emporter par les mots!), c’est une tout autre affaire. Autant dire qu’avec ce roman, je ne suis pas sortie de l’auberge! Je l’ai déjà coupé, réécrit, charcuté, rapiécé de toutes parts, et c’est loin d’être fini. À ce jour, j’ai environ 30K mots utilisables et quelques scènes au brouillon pour la suite.


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Sur ma table de travail – juin 2018

La saga autour de mes Jiu Jitsu Bros continue…

Il faut que je vous confesse quelque chose : même si je sais que Nocturne n’est pas parfait, j’ai toujours eu grand plaisir à le relire. Beaucoup d’auteurs prétendent qu’à force de travailler un texte, ils finissent par ne plus pouvoir le voir en peinture. Peut-être qu’il s’agit d’écrivaines obsessionnelles, qui vont réécrire leur roman sept fois avant même les corrections éditoriales (ce n’est effectivement pas mon cas). En mars, une envie soudaine m’a prise de relire le début, et j’ai un peu honte de l’avouer, mais je n’ai pas réussi à m’arrêter… Je suis restée debout jusqu’à une ou deux heures du matin, juste pour me régaler d’un texte que j’ai écrit moi-même, que j’ai dû relire quatre ou cinq fois en tout et que je connais par cœur.

Au début du mois de juin, j’étais toujours tiraillée vis-à-vis de ma série de romance contemporaine (Jiu Jitsu Bros) : annuler le préquel raté ou le réécrire? et quelle incidence cela aurait-il sur les tomes suivants? Dans le but de mieux situer mon projet par rapport au genre et à la production actuelle, j’ai repris la lecture de Maid for Love, le premier tome de la série à succès de Marie Force, que j’avais abandonnée il y a quelques années par manque d’intérêt. (Cette série s’est vendue à près de 3 millions d’exemplaires.) En me replongeant dedans, je l’ai davantage apprécié que dans mon souvenir. J’avais envie de lire la suite, malgré le fait qu’il y ait très peu d’histoire, et que ce qu’il y en a soit très banal.

C’est la difficulté de la romance contemporaine, si tant est qu’on se refuse à écrire des histoires rocambolesques de milliardaires, de rock stars ou de tueurs à gage. D’ailleurs, il y a quelques années, j’étais la première à le dire : le problème des histoires d’amour « ordinaires », c’est souvent qu’elles sont ennuyeuses à mourir. Étais-je tombée dans le piège que j’avais moi-même dénoncé? D’un côté, Marie Force l’a fait et cela lui a réussi. Suivant l’impayable logique de Calvin (de Bill Watterson, lire ici), la partie de moi qui se prend pour l’Einstein de la littérature songeait : mes histoires sont encore plus ordinaires que les siennes! De l’autre côté, si je ne lis jamais les avis sur mes propres livres, j’ai décidé de lire ceux concernant Maid for Love. Et, au milieu des « j’adore », il y avait quand même un paquet de « ennuyeux à mourir ».

Je sais pertinemment qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Si ça se trouve, des tas de lectrices ont trouvé Nocturne ennuyeux à mourir (non, ne me dites rien, je ne veux pas le savoir; ce que j’ignore ne peut pas me faire de mal). Mais l’alternative était claire, pour une fois : est-il plus important pour moi de faire 3 millions de ventes, ou d’écrire un roman qui n’est pas ennuyeux à mourir? La réponse était dans la question…

En guise de test ultime, j’ai relu la moitié de tome 1 que j’avais écrite, et que j’espérais meilleure que le préquel. Mais non, rien. Je n’étais pas enchantée, pas transportée. Et moi, comprenez-moi, j’exige d’être transportée (à l’instar, encore une fois, de Calvin, voir ici). L’écriture n’est pas un travail comme un autre, et si je l’ai choisi, ce n’est pas pour retrouver ce que j’ai éprouvé dans tous les autres boulots : une vague indifférence, voire un nécessaire détachement, compensés par la certitude du salaire. Je sais qu’en disant cela, je m’oppose à tous les artistes qui se donnent bonne conscience en s’imaginant prolétaires, mais je ne peux pas mentir; ce serait trahir ma propre vision du capitalisme.

En littérature, notre premier souci ne devrait jamais être de « faire la job », mais de répondre à une exigence qui résiste à toutes les mesures objectives. Vouloir faire de l’artiste une travailleuse, c’est vouloir objectiver l’art. Au lieu de subsumer l’art sous les catégories dévorantes du travail et de la production capitalistes, j’aimerais au contraire que l’art puisse servir de flambeau, de fenêtre et d’espoir vers une société qui ne s’est pas encore rendue tout entière à la marchandise. Je ne crois pas à l’avant-garde, et les artistes en tant qu’individus n’ont décidément aucune supériorité dont se gargariser… Non, je vois plutôt l’art comme un vestige, la trace d’un souvenir, l’empreinte d’un non-capitalisme qui un jour fut possible.

(Vous voyez, j’ai l’air de ne pas travailler, et au sens productiviste, je travaille effectivement très peu. Mais je pense, beaucoup. J’essaie de trouver des issues dans les impasses et, surtout, de ne pas désespérer.)

J’avais écrit environ 100K mots pour Jiu Jitsu Bros, et j’ai tout mis à la poubelle. Le contemporain me bloque. Malgré moi, je me censure, j’élague tout ce qui pourrait paraître exagéré, improbable, romancé, stéréotypé — et c’est ce qui, paradoxalement, me laisse avec cette intrigue lisse, ces personnages trop raisonnables, cet ennui… Il faut que j’écrive de la SF, ai-je pensé. Et c’est drôle, parce que dès le moment où j’ai pris cette direction-là, mon imagination s’est réveillée de son hibernation, les idées me venaient toutes seules, sans s’arrêter, de plus en plus vite. J’allais écrire une série cyberpunk où les sports de combat seraient pris en otage par la mafia de la propriété intellectuelle… Ah, ce mélange des genres, c’est tellement moi!

Sauf qu’en fin de compte, et aussi intéressant que soit ce concept (soyez assuré-e de le retrouver un jour sous ma plume), j’avais peine à renoncer à mon aspect contemporain. J’avais l’impression de botter en touche. En SFFF, il est facile de faire monter les enjeux, d’intensifier les conflits, de créer des rebondissements inattendus : il suffit de l’inventer. Mais est-ce donc tout ce à quoi se résume désormais une bonne histoire? Pourquoi est-il devenu si difficile de s’intéresser à la réalité? Pour ma part, j’aime beaucoup le réel, je l’aime tel qu’il est, et c’est cela que j’avais voulu présenter dans Jiu Jitsu Bros. Pas une série de cliffhangers où les héros doivent sans cesse lutter pour leur survie, mais le portrait d’une certaine classe moyenne canadienne dans les années 2010. Si ça vire en SF, je perds cela… cette banalité même des enjeux.

Toujours est-il que j’ai beaucoup de mal à y voir clair. Peut-être ai-je tout simplement envie d’écrire de la SFFF, après trois mois à me battre contre une romance contemporaine? Peut-être ai-je besoin d’une pause? Je déteste rester sur des échecs; ma première impulsion est toujours de remonter en selle, de me prouver que je peux, que je sais, même si je me suis trompée avant. Cependant, il me faut aussi reconnaître que cet esprit de revanche n’est pas forcément le plus constructif. J’ai besoin de me calmer, de reprendre ce projet avec sérénité, confiance et bienveillance envers moi-même — et non par bravade, pour me venger de ma propre faiblesse.

Tout ça pour justifier que j’ai remis ce projet dans son dossier, et que j’ai ressorti la saison 2 de Nocturne à la place.


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Sur ma table de travail – mai 2018

Ce mois de mai devait être celui de l’écriture… et, à cet égard, j’ai surtout l’impression d’avoir échoué et perdu du temps. Je n’ai écrit que 20 000 mots. Mais, s’il y a une chose que j’ai finalement acceptée ce mois-ci, c’est que le métier d’écrivaine est fait d’imprévus, et que son but ne peut se mesurer en heures de travail. Oh, je le savais déjà! Seulement, j’y voyais un simple risque, alors que cela me semble désormais avoir tout d’une fatalité.

Pour commencer, j’ai perdu une semaine à remettre en question et réévaluer mon organisation générale, ainsi que les activités que je souhaitais mener en parallèle de l’écriture. Selon le plan que j’avais décidé en décembre, ma semaine de travail se répartissait grosso modo en 4 jours consacrés à l’écriture, et 1 au reste. Or, mes constatations à la mi-mai étaient les suivantes :

  1. cet unique jour hebdomadaire ne me suffisait pas pour réaliser tous les projets que je m’étais fixés;
  2. ces projets et activités périphériques à l’écriture et à la publication ne me rapportaient pas d’argent;
  3. les projets que j’avais priorisés, pour lesquels j’avais réussi à gratter du temps, étaient des échecs;
  4. le reste demeurait en attente faute de temps et de motivation.

Ainsi, le forum Indésphère, dont j’avais parlé il y a un mois, n’a jamais décollé. J’ai fini par le supprimer il y a quelques jours, car il était devenu la cible répétée de spambots.

J’ai donc pris une semaine pour réfléchir à ce que je voulais réellement accomplir, au sens que je souhaitais donner à mon travail d’écrivaine, à la place que j’étais prête à aménager… à quoi. J’ai tâtonné, j’ai exploré, j’ai relu, j’ai repris… J’ai touché ainsi à pas mal de chantiers, mais je n’ai finalement rien à vous annoncer de concret, ou que je souhaite pour l’instant rendre public.

La semaine suivante, on peut dire que je suis arrivée au dénouement de cette petite crise. Tout a plutôt mal commencé avec le retour d’une primo-lectrice bénévole (merci à elle!) sur le préquel de mon projet actuel (nom de code : Jiu Jitsu Bros). Le retour était loin d’être assassin, mais il pointait vers une sorte de faiblesse générale, et m’a donné le sentiment que le texte tombait complètement à côté de sa cible. En même temps, les lectrices qui critiquent tentent toujours d’apporter des explications et des arguments — c’est bien normal —, et les siens visaient précisément tous les aspects que j’avais voulus et souhaités dans cette série.

J’en ai presque perdu le goût de poursuivre mon tome 1. En tant qu’écrivain-e-s, on nous dit toujours d’écrire avec notre cœur et nos tripes — mais si notre cœur et nos tripes sont fondamentalement ennuyeux ou merdiques, et n’intéressent que nous? Notre premier devoir est-il envers nous-mêmes, ou envers le public? Quoi qu’il en soit, j’ai résolu de m’armer de courage et de continuer ma série. En effet, j’espère avoir définitivement cerné le problème du préquel (ce qui ne veut pas dire que j’ai la solution en main…), et même si ma lectrice m’en a donné les symptômes, il me semble qu’elle s’est trompée dans le diagnostic.

Je ne crois pas qu’une intrigue mince et dénuée de rebondissements inattendus, ni des personnages essentiellement heureux et sans histoire, soient des défauts rédhibitoires. Avez-vous lu la série Anne, de Lucy Maud Montgomery?

Le mercredi 23, je me suis rendue pour la première fois à un café-rencontre organisé depuis la fin de l’année dernière par une auteure autoéditée de ma ville. L’ambiance était très informelle et sympathique, et j’ai été agréablement surprise par l’enthousiasme qu’a généré une idée que j’ai la sensation de porter seule depuis longtemps : celle de tenir un évènement « alternatif » (et autogéré) de promotion et de vente pour des auteurs locaux et indépendants. J’en vois pas mal se faire en France, mais, jusqu’à présent, je n’avais pas la communauté pour envisager de le faire ici…

Le vendredi, j’ai retrouvé Mahigan, qui, croyez-le ou non, est quelqu’un que j’ai rencontré en 2009 dans un cours d’autodéfense… J’ai repris contact avec lui il y a un an et demi, en découvrant qu’il était non seulement un écrivain édité, mais qu’il s’intéressait comme moi à des formes nouvelles, et notamment numériques, d’écriture et d’édition. (Je lui ai écrit en substance : « C’est cool, moi aussi je suis dans le milieu » et tout est parti de là — la preuve qu’il faut toujours oser aborder tout le monde. Neuf fois sur dix, ça ne donne rien, mais c’est pour cette dixième fois-là qu’on le fait.)

Je pense que nous avons un dialogue intéressant, parce que nous venons d’horizons et de préoccupations complètement différents (il écrit de la prose à tendance poétique, en tout cas des trucs clairement estampillés « littéraires »; moi, de la littérature de gare et de genre), tout en ayant certaines affinités naturelles — au-delà même d’un amour de la littérature, ou du souci éternel de se faire une vie en tant qu’écrivain-e… Ce projet qu’il a et auquel il m’a invitée à participer, par exemple, me rejoint beaucoup au niveau artistique et conceptuel. (Paradoxalement, c’est parce que ça se concrétise enfin que je préfère ne pas en dire plus.)

En conclusion, c’est assez ironique que, juste après avoir décidé d’abandonner mes projets et mes ambitions « de groupe » sur le Web, je sois tombée IRL dans de nouvelles opportunités, de nouvelles dynamiques.

Pour le mois de juin, je me remets comme objectif d’écrire le plus possible, mais aussi de me laisser porter par l’inspiration et de profiter des portes qui s’ouvriront. Je ne crois pas que je serai capable de sortir le préquel pour l’été; j’ai le sentiment d’avoir encore besoin de pas mal de réflexion, de travail et de recul (voire d’accéder à un niveau de maîtrise de la narration que je ne possède pas). Cependant, ça ne m’inquiète plus, au contraire. L’important est de continuer à avancer!


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Sur ma table de travail – avril 2018

J’ai choisi d’être totalement transparente au sujet de mes revenus. Pour autant, le dévoilement peut sembler partiel si je ne vous informe pas par ailleurs de mon véritable travail. Qu’est-ce qui justifie en effet que je demande à être payée 10 500 euros pour l’écriture et l’édition d’un seul roman? Quels efforts cela me demande-t-il vraiment, quelles difficultés rencontré-je? Dans le but d’éclairer ces questions, je vous propose de me suivre désormais dans ce rendez-vous mensuel.

Tout d’abord, comme c’est la première fois, une mise en contexte… Oui, j’ai l’intention d’écrire une suite à Nocturne (une saison 2, si vous préférez), ainsi que quelques nouvelles annexes portant sur des aspects non-romantiques de l’univers et des personnages (l’enfance de Léara, comment son frère et Ralph se sont connus; comment Micka et Dona sont devenus amis, etc.). À vrai dire, j’ai déjà commencé à travailler sur tous ces textes. Cependant, plus je creuse mon univers, plus tout se complique. J’ai besoin de laisser ces idées reposer et mûrir dans ma tête afin de pouvoir, lorsque je les écrirai, pousser l’histoire au bout de son potentiel, et vous offrir quelque chose de suffisamment profond et réfléchi. Actuellement, l’écriture de la saison 2 est prévue pour le dernier trimestre de 2018.

À la place, j’ai décidé de reprendre le projet sur lequel je travaillais avant Nocturne, et dont l’idée date de 2014. Il s’agit d’une série en 6 tomes + préquel et nouvelles annexes. Je n’ai pas encore arrêté le nom de la série, donc je m’y refèrerai pour l’instant par le titre de travail #JiuJitsuBros (LOL). Je la publierai probablement sous un nom de plume légèrement différent (comprendre : vous découvrirez les prénoms que cachent les initiales S. J.), pour bien marquer le fait que cette série, au contraire de Nocturne, ne comporte aucun élément fantastique ni surnaturel.

Dans mon planning idéal pour 2018, j’étais censée poursuivre l’écriture du tome 1 (dont j’avais écrit le premier chapitre à la fin du NaNoWriMo 2017) dès la publication de Nocturne en janvier. En réalité, je suis tombée malade… (Pas forcément une coïncidence, à mon avis.) Puis, quand j’ai pu me remettre à écrire, l’inspiration n’était pas au rendez-vous. Moi, je ne me force jamais; je cherche la source du problème. Ça m’a pris pas mal de semaines, et je me suis éparpillée dans trois autres projets entretemps (mais rien n’est perdu, car ce sont trois projets très cool que j’espère bien réaliser un jour).

Finalement, en mars, ça s’est débloqué et j’ai terminé le premier jet du préquel. Dans la foulée, j’ai révisé le premier chapitre du tome 1, et j’étais fin prête pour écrire la suite lorsque avril est arrivé. Pour bien faire les choses, je me suis trouvé une cabine pleine d’auteures sympa avec qui faire le Camp NaNoWriMo. J’ai modestement fixé mon objectif à 25 000 mots, en tenant compte d’un travail de correction pour lequel je m’étais engagée, et qui devait me prendre l’équivalent de deux semaines de travail. (Oui, on me paie pour ce travail, mais cela ne s’ajoute pas aux revenus dont je fais état ici, étant donné que ceux-ci sont calculés sur la base d’une écriture à temps plein, et non du temps réel que j’y consacre — en d’autres termes, si je passe moins de temps que prévu à écrire, je gagne proportionnellement moins; c’est mon problème.)

Ça a vraiment très bien commencé : au terme de la première semaine, j’avais écrit plus de 12 000 mots, ce qui est plus que mon quota habituel. Le lundi suivant, j’avais dépassé la barre des 17 000. Puis mon autre boulot m’est tombé dessus. Ça m’a pris presque trois semaines en fin de compte, et j’ai été incapable de jongler entre la correction et l’écriture. Résultat : au 30 avril, j’atteins tout juste l’objectif fixé.

En plus de ça, j’ai travaillé à la création d’un forum dédié à l’autoédition. Ça s’appelle « Indésphère », un terme sur lequel je suis tombée récemment pour qualifier le milieu des auteur-e-s autoédité-e-s, et ça se trouve à http://www.indesphere.org (màj 31/05/18 : lien désactivé). C’était la première fois que je montais un forum; c’est toujours excitant d’apprendre quelque chose de nouveau! J’ai utilisé le logiciel libre FluxBB, et le nom de domaine a été acheté chez GANDI. (Maintenant, vous savez où part une partie de l’argent que je gagne avec mes livres! Je m’efforce en effet de faire des dons aux initiatives libres dont j’utilise les produits.)

Sinon, j’ai raté la date limite pour proposer un atelier au Salon du livre anarchiste de Montréal. Je dois reconnaître que je m’étais remotivée au dernier moment; avant ça, je me sentais plutôt débordée, et mes efforts se sont concentrés sur l’écriture. Je saurai pour la prochaine fois… Et peut-être qu’un jour, je demanderai même une table : je trouve que ça manque, dans le milieu, de la bonne fiction de genre qui ne se prend pas trop au sérieux.

Le côté positif, c’est que ça m’enlève un travail de plus pour le mois de mai, qui est déjà assez chargé. J’espère en effet avancer mon tome 1 au maximum et m’approcher le plus près possible de la fin (longueur totale estimée : aux alentours de 90 000 mots). Je voudrais également entamer la co-écriture de la suite de l’article Reassessing the ‘Digital Commons’: Part I — Sustainability and Funding.

Sur le plus long terme, mon but est de boucler le premier jet du tome 2 dans l’été, et de publier le préquel et le tome 1 entre l’été et septembre.


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Nocturne – Extrait #1

(Épisode 4. Point de vue de l’héroïne.)

Nous savourâmes nos cigarettes en silence, puis je m’aperçus qu’elle me dévisageait. Je lui rendis un regard interrogateur.
« L’aile, dit-elle. C’était toi, hein ? »
Je mis un moment à replacer ses paroles. L’aile de Micka — celle que j’avais coupée en deux, et qui s’était retrouvée exposée au-dessus du bar des Neuf Cercles pendant trois jours. Tout le monde avait cru que c’était l’œuvre de Ralph. Pas Sigrid. Elle savait, parce qu’elle m’avait refilé l’arme responsable du carnage.
« Ouaip.
— J’en étais sûre. »
Elle sourit plus largement, comme si elle était fière — de moi ou d’elle, va savoir…
« Tu l’as toujours ? Le fléau ?
— Euh… oui. En fin de compte, j’ai réussi à le récupérer.
— D’accord. Parce que je viens de mettre la main sur d’autres armes du même acabit. Si t’as des amies qui cherchent à se protéger, tu les envoies vers moi, OK ? »
Je hochai la tête, même si je n’en avais aucune intention. Je me demandais si, par « du même acabit », elle parlait du sortilège anti-angélique.
« Tu fais de la contrebande d’autre chose que des armes ? »
Elle me lança un regard perspicace.
« Qu’est-ce que tu veux ?
— Juste des informations. As-tu entendu parler d’un squat dans le no man’s land qui a été vidé par les anges la nuit dernière ?
— Les nouvelles vont vite, commenta-t-elle en levant un sourcil.
— As-tu le moyen d’entrer en contact avec eux ?
— T’es libre maintenant ? contra-t-elle.
— Ouais.
— Viens avec moi. »

***

Une clarté diffuse à l’horizon dessinait en contre-jour les silhouettes des buildings, encore plongés dans la pénombre. À mesure que nous nous éloignions du centre, les tapineuses et les dealers se faisaient plus rares ou, à tout le moins, plus discrets. Ce n’était plus le domaine des « escorts » de luxe, des compagnes et des gigolos qu’on pouvait choisir dans une vitrine ou un catalogue et payer par carte de crédit. Ici, on pouvait s’acheter à vingt piastres une pipe dans une allée ou derrière un buisson. Le même genre de montant s’échangeait contre du LSD, des joints ou des ampoules de crack — et, plus récemment, une à deux doses de Flash.
D’après ma modeste connaissance des lieux, nous nous dirigions vers le pont. Des habitations à l’air plus ou moins salubre alternaient avec des locaux commerciaux vides, aux signes À louer décolorés par le soleil. Au milieu de cette déroute subsistaient quelques vieilles boutiques peu accueillantes, qui ressemblaient davantage à des couvertures. Des itinérants dormaient à l’abri de porches condamnés, d’autres buvaient à l’ombre de ruelles.

Signalez une erreur et obtenez une récompense!

Les livres présentés sur ce site sont des efforts essentiellement solitaires. Personne ne me relit en qualité de correcteur ou correctrice. Aussi, en dépit de tous mes soins, j’ai conscience qu’il doit rester des erreurs dans mes textes (coquilles et anglicismes, principalement). Certain-e-s de mes lectrices et lecteurs ne manqueront pas de s’en rendre compte… et, plutôt que de vous laisser avec cette frustration, ou l’impression d’avoir payé pour une qualité médiocre, j’aimerais vous proposer une façon de contribuer à l’amélioration de mes livres — et de valoriser cette contribution.

À toute personne qui me rapportera une faute ou un bug (une erreur dans le fichier numérique), j’enverrai en avant-première une copie de mon prochain roman. De plus, j’ajouterai de ma poche le prix du livre à son objectif financier, afin que ledit roman soit payé plus vite et, par conséquent, devienne gratuit plus vite également. (Pour plus d’explications à ce sujet, voir mon billet Comment mes livres sont-ils financés?)

Cette offre vaut uniquement pour les fautes avérées, ainsi que pour le premier rapport. En d’autres termes, ce que vous croyez être une faute, mais qui n’en serait pas une, ne compte pas. (J’assume mon utilisation éhontée de régionalismes et néologismes.) De même, si vous me signalez une erreur qu’une autre personne a déjà rapportée, seule cette personne bénéficiera de l’offre.

Afin de garantir transparence et clarté, tous les rapports d’erreur seront ajoutés à une liste sur la page de l’œuvre, ainsi que la date de publication de la dernière version modifiée du fichier. La liste sera mise à jour chaque lundi (sauf cas de force majeure). Si aucune mise à jour n’est indiquée, c’est qu’aucune nouvelle erreur ne m’a été transmise!

Veuillez noter que le fichier Mobi ne tient pas compte des césures, et que le fichier AZW3 n’affichera pas la couverture du livre dans la vue d’ensemble de votre liseuse ou application Kindle (vous pourrez y avoir accès, en revanche, en ouvrant le livre même). Inutile donc de me signalez ces bugs; cependant, si vous connaissez une solution à l’un ou l’autre, n’hésitez pas à m’en faire part!

Violence et mort dans Nocturne

Avertissement : Cet article dévoile certains éléments de l’intrigue.

Alors que j’étais au milieu de l’écriture de Nocturne, j’ai lu un billet de la célèbre écrivaine Ursula K. Le Guin où celle-ci déplorait que, dans la majorité de la culture populaire, la violence soit devenue un raccourci pour l’action ou la tension dramatique. Après une réflexion rapide, je ne pouvais pas lui donner tort. Moi-même, lorsqu’un point de l’intrigue me donne un peu de fil à retorde, j’ai souvent tendance à utiliser cette ficelle. On a besoin d’un rebondissement, de plus de rythme, d’une scène qui « en jette »? Pourquoi ne pas s’en prendre à quelqu’un? On dirait que ça marche toujours…

Cela dit, pour moi, la violence est plus qu’une ficelle. Je me suis aperçue à cette occasion que j’aime dépeindre la violence. Peut-être parce que c’est cathartique, mais j’aime faire souffrir mes personnages… J’aime explorer leurs sensations, leurs pensées, la faiblesse et la force qu’ils dévoilent dans ces instants. Je n’écris pas uniquement des histoires qui contiennent de la violence, mais Nocturne en est une. Cela a toujours fait partie de son identité.

Néanmoins, cette remarque m’a forcée à considérer le rôle et la place de la violence, même dans Nocturne. Et une chose que je savais depuis le début, c’est que cette série n’était pas une dystopie, n’avait rien pour moi d’une dystopie. Pas même si on se limite à la société démoniaque, dirigée par le grand méchant de l’histoire.

J’ai décidé de situer mon récit en 2017, et c’est la société actuelle qui a servi de modèle à celles de Nocturne. Certes, les sociétés démoniaque et angélique sont différentes de la nôtre, mais elles ne sont, à mes yeux, ni pires ni meilleures. Pour les imaginer, je me suis contentée de modifier la distribution des aspects hétéroclites (et parfois contradictoires) qui se mêlent dans la société humaine. Par exemple, chez les démons, c’est le discours inégalitaire qui structure la société; chez les anges, c’est le discours autour de « l’ordre ». Mais ces deux discours existent également dans nos sociétés dites démocratiques! Surtout, les inégalités qu’on trouve parmi les démons ne sont pas pires que celles qu’on connaît, et les moyens de maintenir l’ordre parmi les anges ne sont pas plus radicaux que les nôtres… Les morts causées par la police n’appartiennent pas au domaine de la fiction, encore moins de la science-fiction, mais, avant tout, à la réalité qui nous entoure.

Pour cette même raison, cependant, il était important pour moi de ne pas en faire trop. Je voulais que mes personnages, démons, anges ou humains, aient une sensibilité comparable à la nôtre, en 2017. Je voulais faire l’inverse de ce que je lis dans la plupart des fictions : des morts violentes qui ne soient pas celles de proches, et qui ne soient donc pas le prétexte d’un traumatisme ou d’un deuil, mais qui ne soient pas non plus « nécessaires », « logiques », « inévitables » ou de simples dommages collatéraux (comme c’est souvent le cas lorsque les morts sont du côté des « méchants »). Aucune mort n’est tolérable, aucune mort n’est acceptable. Toutes les morts par violence sont de trop.

Une partie tardive de l’intrigue honore d’ailleurs cet espoir, en faisant de la violence une « mauvaise publicité » qui peut finir par se retourner contre ses responsables. Cette partie-là, à vrai dire, est presque utopique…

Enfin, je ne voulais pas non plus que la mort d’un personnage, même figurant, soit un raccourci scénaristique pour démontrer la « méchanceté » d’une personne. Dans Nocturne, le patron représente le grand méchant (même si toute l’intrigue ne tourne pas autour de ce seul antagonisme). Pourtant, au cours du récit, aucune mort ne peut lui être directement attribuée. Cela tranche tellement avec nos habitudes et nos attentes qu’on peut s’étonner de ce fait, voire y déceler une incohérence. Pourquoi le patron n’assassine-t-il pas systématiquement tous ses adversaires? N’est-ce pas ce que tout méchant réellement méchant est censé faire?

Ce mode de pensée est problématique, car il sous-entend qu’une personne ne fait pas vraiment de mal tant qu’elle n’a tué personne. Ce qui est, tout de même, placer la barre un peu bas… Là aussi, j’ai donc préféré refléter la réalité. Dans la réalité, les cas de violence pullulent. Fort heureusement, les cas d’homicides, un peu moins. Aussi surprenant que cela puisse paraître, toute violence envers autrui ne se réduit pas à la volonté de tuer. Nombre des morts qui résultent de violences ne sont d’ailleurs pas des meurtres (intention claire de tuer), mais des conséquences plus ou moins prévues d’autres types de violence (intention de faire mal, de punir, etc. qui peuvent mener à la mort « accidentelle » de la victime).

L’autre problème de réduire le Mal à un désir sociopathique de tuer, c’est que cela l’individualise. Le patron est « fou », donc il suffirait de l’éliminer et/ou de le remplacer par une personne plus « normale » pour tout régler. (Ce que peut laisser suggérer la fin de la saison 1, je sais… mais c’est pour ça que j’ai prévu une deuxième saison!) Or, c’est vraiment l’inverse que je voulais décrire dans Nocturne. La société démoniaque est structurellement inégalitaire et violente. Le patron, avant d’être un psychopathe, est juste un type qui profite du système. Et le système, en l’occurrence, repose sur l’exploitation des démons inférieurs… Tuer tous les démons inférieurs insatisfaits (probablement la majorité) ferait s’écrouler le système et, par conséquent, le socle même sur lequel s’appuie le pouvoir du patron.

Les démons inférieurs ne sont pas des parasites (les parasites, aux yeux des démons, seraient plutôt les anges). Leur vie a une valeur, surtout pour les démons supérieurs qui profitent de leur travail. Il est donc beaucoup plus intéressant de les soumettre que de les assassiner.