Je ne sais pas réécrire


Au lieu des trois chapitres que j’espérais écrire la semaine dernière, je n’en ai écrit qu’un. Et plus je me demandais quoi écrire ensuite, plus je me rendais compte que même ce chapitre-là n’était pas très bon. La question s’est alors posée : est-ce que je le réécris maintenant, ou est-ce que je continue comme si de ne rien n’était, et je le réécrirai plus tard, une fois le roman terminé?

Quand le problème est un détail technique, j’ai l’habitude de laisser faire. Dans ces cas-là, je préfère profiter de mon inspiration pour avancer. Mais un détail technique ne rend pas un chapitre « mauvais ». Cette fois, j’allais vraiment devoir réécrire.

Or, je ne sais pas réécrire.

Pendant des années, j’ai cru que je n’avais pas le choix, que je devais apprendre à réécrire. Qu’il était impossible d’être écrivaine si on ne savait pas réécrire.

But… is it? L’un des principes de coaching de Becca Syme, c’est de toujours remettre en question nos postulats. On ne se rend pas compte de la quantité de croyances qu’on a élevées au rang de convictions, alors que les postulats qui les sous-tendent sont au mieux discutables.

Le postulat de ma croyance, c’était qu’un premier jet était forcément mauvais. Ou, à la rigueur (parce que je détenais la preuve du contraire : le premier jet du roman que j’ai publié en 2018 était déjà bon), que la plupart de mes premiers jets étaient voués à être mauvais. Par conséquent, si je ne voulais pas me contenter de publier la perle rare tous les cinq ans, j’avais intérêt à apprendre à réécrire mes mauvais premiers jets.

L’ironie, c’est que je vais quand même me retrouver à publier un second roman après cinq ans (minimum), même en ayant cru à cela et en ayant pris mes décisions en ce sens. Et, un peu plus douloureux, peut-être que je n’en serais pas là si, au lieu d’avoir pendant tout ce temps poursuivi une chimère (la mythique réécriture qui rendrait mon premier jet en cours publiable), je m’étais intéressée et consacrée à écrire de bons premiers jets. Après tout, je l’ai déjà fait; je peux donc le refaire.

Je ne sais pas réécrire. Mais je sais écrire. Qui a dit que je ne pouvais pas fonder ma carrière d’écrivaine là-dessus?

J’ai jeté mon précédent chapitre 19 aux oubliettes et j’en ai écrit un nouveau, complètement différent. Il est bien mieux. Pas parfait, mais, au moins, je sais que je n’aurai pas à le réécrire.


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