Les anti-héros en romance, t'aimes ou t'aimes pas?

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    S. J. Hayes
    Admin bbPress

    J’écris de la romance depuis 10 ans, et même si j’adore varier et diversifier, je ne suis pas naturellement portée vers les bad boys. 1) Parce que j’aime les héros droits dans leurs bottes, solides, sur qui on peut compter. 2) Parce que, pour un conflit maximal, la règle est de mettre un bad boy en couple avec une fille sage et sérieuse… et je n’ai vraiment aucune affinité avec ce genre d’héroïne.

    MAIS la vie (et écrire) serait moins le fun si on ne sortait jamais de sa zone de confort. Et, au fond, j’admets que l’anti-héros est l’essence du héros de romance — même Mr. Darcy, qui est le summum de la bienséance, apparaît d’abord à l’héroïne comme un connard arrogant…

    De toute façon, je n’ai pas eu le choix. Quand j’ai imaginé Hiéronymus dans Nocturne, je suis tombée amoureuse de lui — littérairement parlant — et il est devenu évident qu’il devait être mon prochain héros. Mais d’abord, est-il bien un anti-héros?

    1) Un bad boy et un anti-héros ne sont pas exactement la même chose, même s’ils peuvent se recouper. Pour moi, un bad boy est un non-conformiste. Même s’il peut appartenir à un groupe ou à une sous-culture, c’est un marginal par rapport à la société globale. Il enfreint les règles, mais ces règles ne sont pas forcément des lois, et il n’est donc pas forcément un criminel, ni « mauvais » au sens moral absolu.

    Le anti-héros, c’est l’inverse. Il peut tout à fait se situer dans la légalité, dans la conformité, et avoir une situation sociale dominante — mais ses motivations et/ou ses actions vont à l’encontre de la morale. Il est le type de personnage qu’on voit plus souvent dans le rôle d’antagoniste (ie de « méchant »).

    2) Hiéronymus, selon moi, joue les deux rôles à la fois. Dans son arc narratif personnel — son nouveau statut dans la communauté des démons —, il est un anti-héros. Il est, après tout, quelqu’un qui s’est emparé du pouvoir politique par la force et la ruse. Or, même quand ils sont élus au suffrage universel, on considère rarement les chefs d’État comme des héros…

    Bien sûr, dans la saison 1, son adversaire est le Grand Méchant, ce qui tend à le placer du côté des gentils, des héros. Mais ce qu’il m’intéressait d’explorer, c’est justement ce qui arrive après, lorsque le soi-disant héros a pris la place du méchant. À quel point peut-il demeurer « héroïque », et à quel point sa position sociale et les institutions le forcent-elles à devenir méchant à son tour?

    3) Il incarne aussi le bad boy dans sa relation avec l’héroïne. Elle est humaine, et sa vision du monde ne laisse pas vraiment de place à quelqu’un comme lui. Il enfreint ses règles à elle — et au passage quelques lois humaines qui n’ont pas d’équivalent chez les démons, comme la pénalisation du harcèlement sexuel.

    Je pense que les bad boys et les anti-héros sont fascinants à écrire (et à lire quand ils sont bien faits), précisément parce qu’ils interrogent nos intuitions morales et nos seuils de tolérance. En contrevenant aux règles, parfois aux lois, ou au contraire en utilisant les règles à des fins immorales, ils nous forcent à nous demander : ces règles (lois) sont-elles morales? De quel côté se situe la justice?

    En même temps, précisément parce qu’ils sont ambigus, qu’ils sont à la fois bons et mauvais, ils sont très difficiles à réussir! Après avoir écrit et réécrit ce roman au moins dix fois depuis deux ans, ce n’est pas moi qui dirai le contraire… LOL Il faut réussir à doser le bon et le mauvais (pas seulement en paroles, mais en actes), pour que l’anti-héros reste tout à la fois attachant et dérangeant/dangereux, mais aussi que ces deux aspects de sa personnalité soient cohérents entre eux!

    Pas question en effet de le rendre versatile, c’est-à-dire d’en faire une sorte de girouette qui passe de la tendresse à la cruauté comme du coq à l’âne, sans aucune raison ni logique — ou, pire, par indécision. (À titre personnel, je déteste les héros qui tergiversent, qui n’assument pas leurs actes. Tu ne peux pas agir comme un connard et pleurnicher de l’être en même temps.)

    L’un des premiers problèmes que j’ai eus avec Hiéronymus, c’est qu’il était censé harceler l’héroïne jusqu’à ce qu’elle cède. Or, je me suis mise à écrire ça pile à l’automne 2017, en plein #MeToo et #BalanceTonPorc. Aujourd’hui, ça va mieux, mais, à l’époque, je me considérais pleinement féministe, et j’ai traversé une longue crise pour essayer de résoudre la dissonance cognitive entre ce que les féministes clamaient d’un bord, et ce que moi, en tant que femme, je trouvais romantique, agréable ou érotique à vivre, à lire et à écrire de l’autre.

    Mon héros est-il un porc? Suis-je coupable de sexisme, de misogynie ou d’antiféminisme parce que je représente du harcèlement sexuel sous un jour léger et romantique?

    Le deuxième problème, c’était de me situer moi-même, moralement, par rapport à lui. Pas au sujet du harcèlement sexuel (que j’entendais défendre depuis le début — la difficulté était surtout comment, et le stress et l’autocensure causés par l’anticipation du backlash), mais au sujet de ce qu’il était socialement : le mâle alpha absolu, dominant parmi les dominants, l’intersection de tous les privilèges.

    Au fond, c’était ça qui le rendait immoral à mes yeux, qui en faisait un anti-héros : qu’il puisse désirer cette identité et n’en éprouver aucun remords, aucune culpabilité. Il est la quintessence de l’ennemi (de l’identité à abattre ou, si vous préférez, à déconstruire) selon l’orthodoxie woke, progressive, selon la gauche de la politique identitaire. Quand j’ai commencé à écrire son histoire, je baignais encore dans cette pensée-là, et je me disais : c’est bon, je vais l’écrire comme un anti-héros, ce sera d’autant plus intéressant…

    Depuis, je me suis pas mal détachée de cette culture politique, mais ce qui est fou, c’est que jusqu’à la semaine dernière, j’étais inconsciemment restée dans son paradigme moral. À savoir que tout pouvoir est oppresseur, et que la source de son immoralité était dans son pouvoir… Et, par conséquent, que son aspect « bon » ou moral ne pouvait à l’inverse se traduire que par un statut de victime. Le résultat était une espèce de paillasson immoral, ce qui n’était ni cohérent… ni très sexy pour un héros de romance! (D’où énième réécriture; désolée, mais c’était nécessaire!)

    Voilà pour l’histoire de mon (anti-)héros… (Pour découvrir comment j’ai résolu tous ces problèmes, il faudra évidemment lire le roman! ;-)) À vous!

    Aimez-vous les bad boys, les anti-héros? Pourquoi? Êtes-vous d’accord avec mes définitions? Qu’est-ce que vous n’aimez pas chez ces personnages, ou de quelle façon peuvent-ils être ratés? Les anti-héros romantiques sont-ils antiféministes selon vous?

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