Pourquoi j’aime les fins heureuses… et pourquoi vous devriez aussi

Pourquoi j’aime les fins heureuses… et pourquoi vous devriez aussi

Pourquoi, en romance, l’histoire d’amour doit-elle impérativement se finir bien? Si tu t’es déjà posé cette question, cet article est fait pour toi!

Sache, tout d’abord, que j’ai un jour été comme toi. J’ai grandi en lisant et en voyant au cinéma des histoires d’amour malheureuses; j’ai moi-même vécu plusieurs belles relations qui se sont terminées par une séparation. Aussi, quand j’ai découvert la romance, à l’âge assez tardif de 21 ans, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi toutes ces histoires, parfois fabuleuses, devraient être exclues du genre. Cela fait dix ans aujourd’hui que je lis, que j’écris, que je réfléchis à ce sujet, et voici ce que j’ai appris.

Une question de perspective

Pour commencer, qu’entend-on exactement par fin « heureuse » ou « malheureuse »? Une explosion de joie sur fond de fleurs bleues et de petits oiseaux qui chantent? Une orgie de mort, de douleur et de destruction? Ces deux cas sont extrêmes et un peu caricaturaux. Dans les faits, les fins heureuses et malheureuses ont plus de points communs qu’on ne le pense! C’est uniquement la direction du récit qui détermine si l’on a affaire à l’une ou à l’autre.

Ainsi, la victoire de l’un suppose toujours la défaite de l’autre. Imagine une histoire qui se finit « bien », mais racontée du point de vue de l’antagoniste! Ça change tout et, pourtant, les évènements eux-mêmes n’ont pas changé. De même, Roméo et Juliette est considéré comme une tragédie; et c’en est une, du point de vue des protagonistes. En revanche, si l’auteur avait choisi comme intrigue principale la querelle entre les deux familles, celle-ci aurait une fin heureuse! En effet, les Capulet et les Montaigu se réconcilient sur la tombe des amants.

En romance, les amoureux étant les héros, et leur histoire d’amour étant l’intrigue, la fin heureuse se définit par la formation ou la consolidation du couple. Mais, dans un récit qui parlerait d’autre chose, qui se placerait dans une autre perspective, une fin heureuse pourrait tout à fait inclure leur séparation… Pour faire simple : une fin malheureuse, c’est quand les héros perdent; une fin heureuse, c’est quand les héros gagnent. Peu importe qui sont les héros et si leur quête est légitime.

The Reconciliation of the Montagues and Capulets over the Dead Bodies of Romeo and Juliet

Le cas de la romance

La fin heureuse en romance n’aurait rien de féministe ni d’original, si elle se limitait à valider le « bon mariage » de l’héroïne. Cependant, sous ce motif traditionnel se cache en réalité un propos beaucoup plus puissant.

L’héroïne comme agente de sa propre vie

Premièrement, l’héroïne de romance n’est pas un personnage central, mais passif, comme peut l’être la princesse dans certains (pas tous!) contes de fées. Elle est celle qui agit, celle par qui l’intrigue avance. Quelle que soit la façon dont elle se retrouve réunie avec le héros, la résolution ne peut avoir lieu tant que l’héroïne n’a pas choisi le héros, en toute liberté et en toute conscience — et pour l’homme qu’il est, non ce qu’il représente ou ce qu’elle espère.

Il est d’ailleurs rare, en romance, que l’héroïne fasse un mariage « convenable ». Le plus souvent, elle finit avec un partenaire qui ne lui était pas destiné, auquel elle ne s’attendait pas (c’est ce qui constitue le conflit principal). Son choix, loin d’être un acte d’obéissance ou de conformisme, est au contraire l’expression symbolique de sa liberté individuelle. Elle doit l’affirmer contre l’usage, contre la volonté des autres, contre ses propres préjugés.

Le couple comme élément, et non définition du bonheur

Deuxièmement, je n’ai jamais lu aucune romance où l’héroïne perdait tout, et ne gagnait qu’un conjoint; où l’héroïne devait tout sacrifier et le héros, rien. En somme, je n’ai jamais lu de romance où le couple représentait l’alpha et l’oméga du bonheur sur Terre. Oui, nous voulons le beau gars gentil, mais nous voulons aussi les amis, la famille, la carrière et le sentiment de notre valeur intrinsèque. Le plus beau gars du monde n’est plus très désirable s’il ne laisse pas de place à nos autres rêves, à nos autres ambitions.

C’est la raison pour laquelle la fin heureuse, en romance, évoque souvent les petits oiseaux qui chantent, et peut sembler d’un optimisme exagéré. C’est parce que nous savons bien qu’un homme ne fait pas le bonheur — mieux : nous savons combien un homme peut être un obstacle au bonheur. Alors, il faut tout préciser, il faut bien rassurer la lectrice que non, le couple n’advient pas au détriment des valeurs et des désirs profonds de l’héroïne.

Ballons

La fin heureuse, conservatrice ou subversive?

Les cercles militants considèrent souvent avec méfiance la littérature de genre, surtout si elle se finit bien. Comme si tout aveu de bonheur était complice du statu quo. Comme si, pour bien lutter, on ne pouvait que dénoncer, que se plaindre, que parler des victimes. Tout récit d’un succès, toute vision du monde positive est « individualiste » et « dépolitisante ». À en croire certains, seuls l’échec et le malheur seraient politique! Eh bien, c’est faux.

La fin heureuse comme espoir et inspiration

Le récit catastrophiste vise à véhiculer l’urgence, à susciter le sursaut. Toutefois, dans les faits, la fin malheureuse peut aussi communiquer une impression d’impasse et d’impuissance, voire d’inéluctabilité. À mon avis, en s’imprégnant d’histoires où les protagonistes perdent, on ne s’entraîne pas à agir, encore moins à se battre, mais à… accepter la souffrance! Il n’y a rien de mal à ça — tant qu’on l’assume.

Par comparaison, j’aimerais souligner qu’une fin heureuse n’implique en aucun cas une idéalisation du monde, de ses difficultés ou de ses dangers. La seule différence avec la fin malheureuse, c’est qui est présumé gagner à la fin, qui s’avère en dernière instance le plus fort. Alors, dis-moi, qui est le plus fort : les femmes qui s’arrogent le contrôle de leur propre destin, ou bien le hasard, les conventions, les hommes qui prétendent les soumettre? Dans la réalité, il n’y a pas de réponse unique. En fiction, l’auteur choisit ce qu’il met en avant.

La fin heureuse comme utopie et subversion

La subversion n’existe que par rapport à une tradition donnée. Or, les traditions sont multiples, et ce qui fait figure de stéréotype à l’un peut être une bouffée d’air frais pour l’autre; ce qui a été raconté cent fois au sujet d’une personne… peut être interdit à une autre. Aussi la généralisation est-elle toujours mauvaise conseillère, lorsqu’on se pique de départager ce qui est cliché de ce qui est inédit, ce qui est politique de ce qui ne l’est pas, ce qui est intéressant de ce qui l’est moins.

Le célèbre auteur anglais E. M. Forster ne publia jamais son roman Maurice de son vivant, craignant la controverse que provoquerait la fin heureuse d’une histoire d’amour homosexuelle.

“A happy ending was imperative,” Forster wrote, in 1960. “I was determined that in fiction anyway two men should fall in love and remain in it for the ever and ever that fiction allows… I dedicated it ‘To a Happier Year’ and not altogether vainly.” (1)
(« Une fin heureuse était impérative, écrivait Forster en 1960. J’étais déterminé que, dans la fiction au moins, deux hommes puissent tomber amoureux et le rester jusqu’à la fin des temps que la fiction permet… Je le dédiai à ‘Une année plus heureuse’, et pas complètement en vain. »)

Jeannie Lin est une auteure d’origine asiatique qui écrit des romances historiques situées en Chine. Elle se fait dire que ses fins heureuses ne sont pas réalistes — mais est-ce pour une autre raison que parce que ses lectrices n’y sont pas habituées? Dès lors, « autoriser ses héros chinois à vivre leur conte de fées » n’est-il pas, en soi, un acte « disruptif »? (2)

Cierges magiques

La fin, un choix non anodin

Toutes les histoires et toutes les fins ont leur place en littérature, et toutes les préférences sont bienvenues parmi les lecteurs. Moi-même, j’ai longtemps eu une affection particulière pour les fins malheureuses. Dans cet article, j’espère juste t’avoir donné un aperçu du sens de la fin heureuse en romance. Le genre ne peut se départir de cette exigence sans se dénaturer, car c’est elle, tout autant que le motif amoureux, qui porte les promesses et les garanties que la lectrice recherche… Une héroïne (ou un héros) libre de ses choix, libre de ses actions, capable de bâtir son propre bonheur selon ses propres règles — et non l’opposé.

Les 4 premiers épisodes de Nocturne sur ta liseuse, ça te tente?

J’ai beaucoup aimé le personnage de Léara, elle est têtue, forte et pleine de doutes. Elle se bat pour ses principes et malgré la peur, elle fonce tête baissée dans le combat, pour sauver ce qui est juste. (Manon, lectrice et blogueuse)

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(1) James Ivory and the Making of a Historic Gay Love Story | The New Yorker
(2) A historical perspective: Are my happy endings realistic? | Jeannie Lin

Photo « poing levé » par Miguel Bruna sur Unsplash
Tableau par Frederic, lord Leighton
Photo « ballons » par Sagar Patil sur Unsplash
Photo « cierge magique » par Ian Schneider sur Unsplash

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