#ProjetRomance, partie I : Faire lire de la romance à des non-lecteur·ices du genre

#ProjetRomance, partie I : Faire lire de la romance à des non-lecteur·ices du genre

En 2021, la romance a beau s’afficher un peu partout, des meilleures ventes aux catalogues de grands éditeurs, elle reste selon moi un genre méconnu. Je veux dire par là qu’il existe tout un pan de lecteur·ices qui ne lisent pas de romance par principe. Iels n’en ont jamais vraiment lu, mais iels s’en font une idée telle que l’envie de le faire ne leur vient même pas.

Pourtant, ce sont parfois les mêmes qu’on verra souhaiter des romans plus optimistes, porteurs d’espoir; ou des romans plus psychologiques, centrés sur les personnages et leur vie intérieure; ou des personnages féminins dotés d’agence, ou des relations romantiques saines…

Or, devinez quoi : si on met tous ces critères ensemble, on obtient une romance! (L’inverse n’est pas vrai; toutes les romances ne cochent pas forcément toutes ces cases. Cependant, une bonne portion du genre y aspire.)

Alors, l’année dernière, j’ai lancé le #ProjetRomance : faire lire de la romance à des volontaires et recueillir leurs impressions.

Pourquoi défendre la romance en 2021?

Vu de l’extérieur, la romance a l’air d’un genre qui s’en sort très bien, qui n’a pas besoin de nouveaux adeptes. Mais… n’est-ce pas réduire le débat à son niveau purement économique?

Un genre populaire, mais encore décrié

Il y a des causes qui sont aussi économiques : la SFFF francophone, la littérature québécoise, l’autoédition… Tous ces « segments » de l’industrie pourraient bénéficier de plus de lecteur·ices et, donc, de plus de ventes. (Note : ce que j’écris entre aussi dans les trois sous-ensembles cités.) Et je suppose qu’il est plus immédiat de mobiliser autour d’une œuvre ou d’un genre dont le succès commercial n’est pas à la hauteur de sa qualité perçue.

La romance aurait plutôt tendance à pâtir de la contradiction inverse : si elle se vend facilement, sa qualité est fréquemment mise en doute. L’injustice naîtrait donc de sa déconsidération au sein de la littérature. Comme c’est un angle qui se prête particulièrement à une critique féministe, j’y ai moi-même souvent recours.

Or, ce n’est pas là non plus la motivation derrière le #ProjetRomance. Pour être honnête, je n’étais moi-même pas sûre d’où me venait cette envie… Avant de me rendre à l’évidence : c’est pour la même raison que celle qui me pousse à lire et à écrire.

Défendre non LA romance, mais mon idée de la romance

Si je lis, si j’écris, si je partage publiquement mes réflexions vis-à-vis de la romance, ce n’est pas pour défendre ce genre… mais pour trouver des personnes qui comprennent la romance comme je la comprends, qui pensent ce que je pense, qui ressentent ce que je ressens. C’est pour éveiller non pas un sentiment d’injustice, mais de connexion, de communauté.

Les lecteur·ices de romance sont nombreux, et j’ai rencontré des tas de personnes géniales grâce à ce seul point commun : nous lisons de la romance. En même temps, la romance est notoirement variée, et je suis notoirement bizarre, ou timide, ou les deux… Alors, même au milieu de la foule, je me sens souvent isolée dans mes préférences et mes intérêts.

Voilà donc le vrai terreau du #ProjetRomance : besoin de bousculer les préjugés, de dépasser les lignes derrière lesquelles on se retranche, par conformisme, par habitude ou par autodéfense. Moi, toi et tout le monde. Parce qu’on finit par se sentir sacrément seul·e dans ces petites cases…

Présentation des participant·e·s

La première étape du #ProjetRomance, c’était de trouver les volontaires. Et ça commençait déjà avec un paradoxe, puisque je cherchais des non-lecteur·ices de romance, qui seraient d’accord pour lire une romance (la mienne, que je m’engageais à fournir gratuitement).

J’avais toutefois bien précisé, dès le début, que j’accepterais tous les commentaires négatifs, y compris les abandons si Nocturne ne leur revenait vraiment pas. En effet, le but n’était pas de les faire souffrir ni de leur faire perdre du temps, mais simplement d’identifier ce qui pouvait plaire ou déplaire à des non-habitué·e·s du genre.

Initialement, six personnes ont accepté de participer. Je leur ai envoyé à chacune quelques questions préliminaires, ainsi que mon roman au format numérique. Seules trois d’entre elles sont allées au bout du projet (les autres ne m’ont simplement jamais redonné de nouvelles) :

photo de Yannick

Yannick :

Je suis un ingénieur en informatique, j’ai 30 ans et suis originaire de Martinique. J’y ai vécu jusqu’à 15 ans, puis ma famille est venue en France pour de meilleures opportunités d’études. Pour mon milieu, je viens d’une famille nombreuse, de profs et d’ingénieurs. Sinon je suis écrivain et dessinateur amateur, surtout dans le genre SF. Par contre je lis surtout de la fantasy, étrangement. Au niveau de la fréquence, je lis moins que pendant mon adolescence (comme beaucoup), mais quand même assez régulièrement.

photo de Julie

Julie :

Je dévore mes livres, quand c’est mon style : Agatha Christie, Stephen King, Arnaldur Indridason (je sais jamais si je l’écris bien…).

Bref : polar, mystère et parfois horreur.

image de Bastien

Bastien :

Je m’appelle Bastien, je suis un homme de 31 ans et je vis depuis toujours dans le sud de la France.

Je suis né à Nîmes et je vis maintenant à Toulouse où je travaille dans un bureau d’étude aérospatial, en tant que concepteur.

Je suis un lecteur occasionnel. Je lisais beaucoup pendant mes études, puis j’ai presque arrété. Ça fait un an que je m’y remet.

Mes styles de prédilection sont la fantasy, et dans une moindre mesure la SF.

Je les remercie tous les trois de la confiance et du temps qu’ils m’ont accordés en acceptant de faire partie du projet, ainsi que de leur patience! (J’ai mis plus d’un an à publier cet article.) Malgré la petite taille de l’échantillon, je suis ravie d’avoir obtenu des profils relativement divers, comme le montrent leurs différentes réponses à mes questions :

Pourquoi ne lis-tu pas de romance?

Yannick :

J’ai eu une période romance pendant l’adolescence, mais j’en lis très peu depuis l’âge adulte. J’en garde un bon souvenir, mais ma personnalité actuelle fait que j’arrive rarement à entrer dans les histoires romantiques, lorsque je prends la peine d’essayer. Et j’essaie. Peut-être une sorte de nostalgie.

Julie :

Je n’ai jamais accroché… J’ai beaucoup d’amis de gars, et peu (très peu…) d’amies… Je pense que de base, je trouve les filles et femmes un peu chialeuses.
La façon de tomber en amour des autres ne me rejoint généralement pas. Mes histoires d’amour sont des coups de foudre, je refaisais ma vie en deux jours, laissant tout derrière, pour une passion. Mais jamais une passion sexuelle — je tombe en amour avec les âmes. C’est peut-être le problème : quand il est question de ‘Awwww il est beau il est fort…’ ben moi, je m’en fous… Je veux juste que son cerveau soit intéressant…

Bastien :

Je n’ai jamais lu de romance. Ce n’est pas le genre d’histoires qui m’attire, quel qu’en soit le médium.

Quand on te dit « romance », tu penses à quoi?

Yannick :

Je pense à un protagoniste féminin qui raconte à la première personne, et un certain nombre de clichés. Une héroïne donc, ou bien naïve/douce et « prude », ou bien avec un « caractère »/un coté désabusé, qui est en fait une façade devant la personnalité naïve susmentionnée, personnalité cachée qui se révèle au contact du love interest, en général masculin. Celui-ci est ou bien une variation du bad boy tsundere, ou bien un gentil garçon un peu lisse. Dans le premier cas, il s’accompagne souvent de rivaux pour faire le coup du combat de coqs.

Julie :

Arlequin! (sic) La femme qui attend le prince charmant (généralement en se plaignant…) haha (je suis pas fine… je sais)

Bastien :

Quand on me dit « romance », je pense spontanément à des films comme Coup de foudre à Notting Hill. Non pas que je sois spectateur de ce genre de film, mais je n’ai aucune référence litteraire en la matière.

Couple enlacé

Qu’est-ce qui peut t’empêcher d’aimer une romance?

Yannick :

En général les personnages principaux m’agacent. Le coté « oie blanche » de l’héroïne est souvent désagréable. Et lorsque c’est contrebalancé par une personnalité à première vue « badass/attachiante », c’est en fait pire puisque derrière la relouitude se révèle bientôt la même oie blanche. Et on n’a finalement ni le beurre ni l’argent du beurre. Le personnage masculin souffre souvent du même problème : ou bien trop mielleux, trop « canard », ou bien caché derrière une façade bravache un peu ridicule, le même et insupportable canard.
Le « ton » aussi me pose très souvent problème. À la fois ce dont on parle, et le style d’écriture, à mon goût très introspectif, souvent lyrique, très cérébral. Beaucoup de sentiments, et peu de sensations. Je pense que je rentre mieux dans une histoire qui parle de sensations que de sentiments plus abstraits.
Enfin je trouve souvent qu’il y a un manque d’audace. Ce sont un peu toujours les mêmes qui gagnent et le scénario punit ou éloigne un peu toujours les mêmes. Les romantiques gagnent, et les « autres » (le queutard/la chaudasse non repenti(e), le jeune premier, celui qui n’était pas le premier choix) sont évacués.

Julie :

La raison de tomber en amour, les attentes et la façon de le demander ‘à l’univers’.

Bastien :

J’ai peur de ne pas être embarqué par les enjeux. J’arrive à être interessé par les histoires d’amour lorsqu’elles sont très secondaires et que les enjeux principaux sont d’une autre nature (plus épiques, plus dramatiques, impliquant plus de monde). J’ai peur que si les enjeux principaux n’impliquent que deux personnes (ou pas beaucoup plus), ça ne m’interesse pas.

Qu’est-ce qui pourrait te faire aimer une romance?

Yannick :

Ce serait quelque chose de plus factuel, moins détaillé sur les sentiments mais plus sur les sensations. Quelque chose avec une protagoniste plus active que passive. Quelque chose qui se base plus sur la découverte d’une personne à priori inexplicable que sur du bickering entre deux personnes qui vont de toute façon se pécho. Avec un background qui fait un peu rêver et qui crée un dilemme. Et des enjeux plus élevés que « vais-je emballer/fidéliser cette personne inaccessible? » Des sacrifices plus graves que de la vaisselle cassée. Et des coups d’éclats, une chute finale si possible.

Julie :

Je pense que je pourrais embarquer dans une histoire réaliste, avec une femme qui est un peu comme moi et qui évalue avec ma façon d’évaluer…
Trouver un être qui intrigue, qu’on a le goût de connaître un peu plus.

Bastien :

Je ne sais pas vraiment à quoi peut ressembler une romance qui me plairait. Peut-être que le contexte dans lequel évoluent les personnages peut aider s’il m’intrigue suffisament.
Voilà, je ne sais pas si ta romance va me plaire ou pas.
Evidemment j’aimerais qu’elle me plaise (histoire que je ne passe pas un trop mauvais moment ^^), mais j’ai quand même des doutes sur ma sensibilité à ce genre d’histoire.

Comme l’article est déjà suffisamment long, je vous donne rendez-vous dans une seconde partie pour découvrir leurs avis post-lecture!

Tu veux te faire ta propre idée du texte avant de découvrir ce que Yannick, Julie et Bastien en ont pensé? Les premiers épisodes de Nocturne sont en lecture libre :
Nocturne – épisode 1 : Aile d’ange – I

Photo « bouquet » par Carrie Beth Williams sur Unsplash
Photo « couple » par Meghan Holmes sur Unsplash

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