#ProjetRomance, partie II : Le verdict

Projet Romance, partie 2 : Le verdict

Qu’est-ce que le #ProjetRomance? C’est une petite expérience que j’ai menée en 2020, pour voir si des lecteur·ices habituellement réticent·e·s à la romance… pouvaient en réalité l’apprécier, s’iels faisaient l’effort de franchir le pas — ou si l’on faisait l’effort de les y attirer.

J’ai détaillé mes motivations dans un précédent article, où figurent également les présentations de mes trois lecteur·ices cobayes : Yannick, Julie et Bastien.

Premières impressions

Je les ai invités à noter leurs réactions à mon roman au fur et à mesure de la lecture. Déjà, je ne voulais pas les contraindre à rédiger une synthèse globale à la fin, ce qui, d’expérience, demande un peu de travail… Et puis j’étais aussi curieuse de connaître les éléments précis qui pouvaient leur plaire ou, au contraire, les bloquer, sans que ceux-ci soient colorés par leur jugement final.

Finalement, Yannick et Bastien ont préféré m’envoyer le résultat de leurs notes tout à la fin. Seule Julie m’a envoyé un avis « intermédiaire », avant d’avoir tout lu :

J’ai débuté ma lecture et j’ai 8% de lu — j’adore!
Je suis une fan de la série Lucifer et je me suis vite retrouvée dans le même « environnement »; les images de la série (le bar) me revenaient en tête malgré moi.

Ce que j’aime bien c’est le rythme (pas de niaisage, pas de longueur).
Je ne suis normalement pas une fan des scènes érotiques mais comme elles sont courtes et pas trop exagérées, ça passe!

Jusqu’ici j’embarque dans le début de relation entre l’ange et la démone — je l’aime bien, elle a du caractère. Et lui aussi, je l’adore!

Yannick, le seul de nos trois lecteurs à avoir une expérience de la romance, a été un peu plus long à convaincre. Voici comment il a perçu le début, avec son sens aiguisé du détail :

Effectivement, quelques éléments m’ont paru (à première vue) faire partie de ce que je considère être les « classiques » (peut-être agaçants) de la romance. Jamais totalement, cependant.

La première chose que j’ai noté, c’est dans la toute première scène, ou Mickael est avec une prostituée humaine. Je me suis dit que cette romance contenait bien une oie blanche « coincée », mais que cette fois c’était un homme et pas une femme.
Par la suite (longtemps après) je me suis aperçu que ça ne gênait pas tellement la lecture (pas du tout en fait), parce que Mickaël n’était ni un niais ni un tsundere, mais juste quelqu’un qui n’avait jamais connu le plaisir/désir auparavant. Même s’il joue le rôle du profane en sexe qui va être initié, il n’est jamais ni ridicule, ni agaçant.
Donc ce cliché était effectivement désamorcé, et c’était agréable.

Quasiment tout de suite après, j’ai noté Donatien, qui m’a eu l’air d’être un cliché aussi: le copain queutard assumé. Qui existe souvent également en version féminine, lorsque le personnage principal est une femme: la meilleure amie délurée. J’ai l’impression que ça sert en général à offrir un contraste avec les goûts sages et raisonnables (voire ennuyeux) du personnage principal. Je trouve que le scénario est souvent sévère avec ces personnages, qui passent pour superficiels.
Cette fois, le stéréotype était bien respecté à mon avis, ce qui fait que ça a été le personnage que j’ai le moins aimé.

J’ai écrit un commentaire à ce moment là, pour dire que le style était bien ce qu’on s’attend à trouver dans une romance : léger et direct, avec beaucoup d’exclamations même dans la narration. Mais qu’il n’avait pas les défauts que je crains en général : ton exagérément sentimental, inutilement lyrique et manquant de sobriété. Mais j’attendais de voir.

J’ai noté l’introduction de Leara. Et la première impression que j’aie eue était qu’il s’agissait du coup de la-meuf-rebelle-qui-s’en-laisse-pas-conter. Parce que lorsqu’on la rencontre, elle est en train de se plaindre. Suivi par le passage où elle fait un peu le ménage chez son frère, elle ne m’est pas apparue sous un jour très heureux.
J’attendais de voir.


Yannick (suite) :

J’ai noté après que j’aimais bien l’implémentation très contemporaine et réaliste du trope anges VS démons, amené sans trop d’explications, qu’on comprend et découvre facilement. Avec la touche de modernité, j’ai trouvé ça très réussi. Mais ça n’a pas de rapport avec le sujet de la romance, certes.

Lors de euh… l’élément perturbateur (…), j’ai trouvé que tout allait un peu trop vite, mais ça n’a pas spécialement de rapport non plus avec le sujet de la romance.

J’ai encore noté à ce moment que je n’aimais pas la façon de parler décontractée de Donatien, qui allait un peu avec sa personnalité de copain-queutard décontracté.

Pas longtemps après, au moment de la rencontre entre les deux personnages principaux, j’ai encore noté que ça allait très vite, et j’ai craint que la partie la plus intéressante soit tout au début, et que le reste constituerait l’histoire de leur relation, ce qui m’intéressait bof.
Leara continuait avec sa personnalité de meuf-rebelle, mais c’était un petit peu plus supportable. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je crois que c’est à cause de la façon naturelle et factuelle qu’elle a de décrire son désir sexuel.

J’ai aussi mis une note agacée lorsqu’on en arrive au moment « mignon-drôle » où Mickaël accuse Léara d’avoir des pouvoirs spéciaux qui ont causé son érection. C’est très cliché de romance, et j’ai secoué la tête. Mais c’est parce que je suis puéril, au fond je crois que j’aime bien ça.

Je n’ai pas écrit de notes pendant un moment après, ça, parce que c’est le moment ou je suis rentré dans l’histoire et j’ai commencé à lire à une vitesse de croisière.

Verdict global

Certaines de ses impressions vont ensuite se confirmer; d’autres, évoluer un peu. J’ai uniquement supprimé le passage de son commentaire qui concerne l’intrigue policière, pour ne pas la spoiler :

La prochaine chose que j’ai notée, c’est que j’avais atteint une opinion définitive sur les personnages (ceux qu’on a rencontré jusque là). Positive sur Mickaël, et également Léara. Finalement, ce n’est pas une « meuf-rebelle » de romance. C’est une femme ordinaire avec des préoccupations compréhensibles, à laquelle on peut s’identifier. Tellement bien, en fait, que je trouvais à ce moment là que Mickaël portait toute la charge « sex-appeal » du roman, et vu que je suis un homme hétérosexuel, c’est sûrement une réussite.
Donatien toujours bof. (ça restera bof jusqu’à la fin)

Je n’ai pas écrit de notes au delà de ce point, parce que j’étais passé plus en mode « lecteur » qu’en mode « testeur ».
Tout ce qui suit est donc après coup :

J’ai apprécié ce roman. Il ne contient pas ce qui me dérange habituellement dans les romances, ou en tout cas pas beaucoup. J’apprécie le fait que l’intrigue repose sur autre chose que les sentiments. Il y a vraiment des enjeux importants.
L’intrigue tient la route, et est même surprenante, d’une façon assez rare : contrairement aux intrigues policières ordinaires, il n’y a pas de rebondissement (…).
Les personnages sont réussis, j’ai assez apprécié Nati et Mickael.
Donc en résumé, c’était bien, ça avait bien le goût et l’odeur de la romance, mais c’était fait sans les défauts qui me déplaisent habituellement. Ce qui fait qu’on rentre facilement dedans, et qu’on progresse vite, et on a une fin satisfaisante.

photo en gros plan d'une femme et d'un homme s'embrassant sur la bouche
Bastien, lui, m’a directement fait un résumé global :

Bon, pour éviter le suspense : J’ai beaucoup aimé.

J’ai aimé l’univers et la façon dont les deux personnages principaux évoluaient dans leurs milieux respectifs.
J’ai suivi avec grand plaisir les intrigues sociales et policières.
La relation amoureuse entre Léara et Mickaël m’a un peu moins accroché (à part dans le dernier segment), mais j’ai beaucoup aimé la façon dont cette relation permettait de lier l’univers des anges à celui des démons.

Je te disais que pour qu’une romance me plaise, il faudrait peut être que l’univers m’intéresse, et sur ce point c’est du tout bon !
Les parallèles que l’on peut faire entre l’univers de ton livre et le nôtre m’ont parlé.

En bref, si tout ne m’a pas accroché, rien ne m’a dérangé. Et j’ai vraiment aimé ton livre du début à la fin 🙂

Comme je te l’ai écrit, je n’ai jamais lu de romance avant celle là. Je n’ai donc aucune référence pour la comparer à quelque chose.
C’est peut être une question de perception, mais de mon point de vue la part de romance dans ton livre est secondaire. Pour moi les enjeux romantiques étaient secondaires et permettaient de faire émerger et évoluer les autres enjeux. Mais j’imagine complètement qu’un.e lecteur.rice avec une autre sensibilité puisse le percevoir différemment.
Du coup je me pose une question :
Est-ce que toutes les romances donnent autant de place aux intrigues « non romantiques », ou est-ce que c’est une spécificité de la tienne ?

Je peux te révéler ce que je lui ai répondu… Mais toi, qu’en penses-tu?

Enfin, voici l’avis final que Julie a publié sur Amazon :

Mon coup de coeur de 2020! Ma première vraie romance (je lis habituellement des polars). Je suis tombée sous le charme de Mickael et Léara instantanément. Mais que dire de l’ambiance générale de cette histoire? Moi qui me fascine pour la série “Lucifer”, j’y ai retrouvé tous les éléments que j’adore: une héroïne forte de caractère et fonceuse, un héros séduisant, une ville hantée par les conflits anges/démons alors que ceux-ci évoluent à travers les humains. Un amour passionné et interdit, et plus que parfois très… torride! wow, wow! Bravo à cette auteure pour le tour de force : m’entraîner dans son monde à 100 milles à l’heure! Bravo — j’attends la suite c’est certain! Je conseille vivement cette lecture!

Conclusion

Pari gagné? Évidemment, j’étais très heureuse en découvrant leurs opinions. Même leurs quelques réserves ne donnent que plus de poids à leurs compliments; comme une garantie de sincérité, en quelque sorte.

Certes, ce ne sont que trois avis, et j’imagine sans mal que le résultat de ce premier #ProjetRomance est influencé par le biais du survivant. Autrement dit, ce n’est pas tout à fait un hasard si les trois personnes qui ont joué le jeu jusqu’au bout ont apprécié leur lecture. Peut-être que d’autres ont abandonné par manque d’intérêt… (J’aurais juste bien aimé le savoir!)

Néanmoins, cela me conforte dans l’idée selon laquelle les genres littéraires peuvent être des guides, mais aussi des barrières. Au moment de la sortie de Nocturne, je ne souhaitais pas communiquer autour de mon roman, et j’ai donc laissé la popularité du genre — romance paranormale — me trouver mes premier·e·s lecteur·ices.

Depuis, j’ai ouvert ce site Web, j’ai démarré une liste de diffusion, je me suis rendue au Festival du Roman Féminin… En bref, même si l’écriture elle-même a du mal à suivre, j’ose peu à peu chercher le lien direct avec les personnes dont les valeurs résonnent avec les miennes. Car, en fin de compte, je crois que c’est cela qui détermine le mieux si vous aimerez ce que j’écris : non pas le genre dans lequel mon histoire se classe, mais vos valeurs, vos croyances, votre sensibilité.

Tu veux te faire ta propre idée du texte qu’ont lu Yannick, Julie et Bastien? Les premiers épisodes de Nocturne sont en lecture libre :
Nocturne – épisode 1 : Aile d’ange – I

Photo « livre » par John-Mark Smith sur Unsplash
Photo « couple » par Charly Pn sur Unsplash

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